En bref

  • L'automne et l'hiver sont la bonne période pour poser un nichoir à chauve-souris : il a le temps de perdre son odeur de neuf avant le retour des colonies au printemps.
  • Un bon gîte est une fente étroite, ouverte par le bas, en bois brut non traité, sans perchoir, posé à au moins trois mètres de haut et exposé plusieurs heures au soleil.
  • Toutes les chauves-souris de France métropolitaine sont protégées : on ne les dérange pas, on n'ouvre pas un gîte occupé, et on ne filme pas l'intérieur en période de mise bas.
  • L'occupation se vérifie de l'extérieur : crottes sous le nichoir, comptage à la sortie au crépuscule, ou caméra infrarouge tournée vers l'entrée.

Un nichoir à chauve-souris se pose maintenant, en automne, pour être adopté au printemps. Il doit être haut, au soleil, sans obstacle devant l’entrée, et ne ressembler en rien à un nichoir à oiseaux : c’est une fente étroite ouverte par le bas, sans trou d’envol ni perchoir. Une fois posé, on n’y touche plus. L’occupation se constate de l’extérieur, au pied du mur ou à la sortie du soir, jamais en ouvrant le gîte.

Pourquoi on le pose à l’automne

Les chauves-souris de nos jardins suivent un cycle très différent de celui des mésanges. Au printemps, les femelles se regroupent en colonies de mise bas, dans des combles, des fissures de murs ou des arbres creux. Les jeunes naissent au début de l’été et volent quelques semaines plus tard. À la fin de l’été et en automne, les animaux se dispersent, se reproduisent, puis gagnent leurs gîtes d’hibernation, frais et stables, où ils passent grosso modo la période de novembre à mars.

Fin septembre et octobre sont donc la période où l’on dérange le moins en posant un nichoir. Le bois neuf a tout l’hiver pour se griser et perdre son odeur. Au retour des beaux jours, le gîte fait partie du paysage, ce qui compte pour des animaux qui explorent prudemment les abris potentiels.

C’est le calendrier inverse de celui des oiseaux, pour lesquels la fin de l’hiver reste la dernière limite. Nous le détaillons dans notre article sur le moment d’installer une caméra de nichoir.

Ce qui distingue un bon gîte

Un nichoir à chauve-souris imite une fissure : l’écorce décollée d’un vieil arbre, le jour entre une poutre et un mur. Les pipistrelles, les espèces les plus fréquentes dans les jardins, s’y glissent à plat et s’y accrochent par les pieds.

ÉlémentCe qui fonctionneCe qu’il faut éviter
EntréeFente horizontale par le bas, de l’ordre de 1,5 à 2,5 cm de largeTrou rond, qui est l’entrée d’un nichoir à oiseaux
IntérieurBois brut, rainuré ou rugueux, pour que les griffes accrochentPlanches rabotées, lisses
FondOuvert, pour que les crottes tombentFond fermé, qui oblige à nettoyer
MatériauBois non traité, ou béton de boisLasure, traitement fongicide, peinture à l’intérieur
PerchoirAucunTout perchoir, inutile et qui aide les prédateurs
TailleUne trentaine de centimètres de haut, fente sur toute la largeurModèles décoratifs trop petits pour un groupe

Ces valeurs sont indicatives : elles reprennent les plans diffusés par les associations naturalistes, qui varient d’un modèle à l’autre. La largeur de fente est le seul point à respecter strictement. Trop large, elle laisse entrer des guêpes, des loirs ou des oiseaux ; trop étroite, elle exclut une partie des espèces.

Le traitement du bois est l’erreur la plus fréquente sur les nichoirs fabriqués soi-même. Les chauves-souris vivent collées au bois pendant des mois, et les produits de traitement leur sont néfastes. Si l’extérieur doit être protégé, une huile de lin appliquée longtemps avant la pose, sur les faces extérieures seulement, suffit.

Où le fixer

L’emplacement compte davantage que le modèle. Un nichoir parfait mal placé reste vide.

  • La hauteur : au moins trois mètres, davantage si possible. Les chauves-souris se laissent tomber avant de voler, et la hauteur les met hors de portée des chats.
  • Le soleil : une exposition sud à sud-est, avec plusieurs heures d’ensoleillement. Les colonies recherchent la chaleur pour élever les jeunes.
  • L’accès dégagé : aucune branche, aucun volet ni gouttière devant la fente. Un mur de maison ou de grange convient souvent mieux qu’un arbre.
  • L’obscurité : loin des lampadaires, des spots de façade et des détecteurs de présence. L’éclairage nocturne fait fuir la plupart des espèces.

Une astuce reprise par la plupart des guides consiste à poser deux ou trois nichoirs sur des faces différentes du bâtiment. Les chauves-souris changent de gîte selon la température : un nichoir en plein sud peut devenir trop chaud en juillet, et c’est alors celui de la façade est qui sert. Le même problème de chaleur se pose avec une caméra dans un nichoir à oiseaux, et les repères de notre article sur la surchauffe des nichoirs valent ici aussi.

Enfin, le nichoir ne fait pas tout. Un jardin sans haies, sans fleurs, sans point d’eau et traité aux insecticides n’offre pas assez d’insectes pour nourrir une colonie. Le gîte vient en complément d’un milieu vivant.

Ce que la loi interdit

Toutes les espèces de chauves-souris présentes en France métropolitaine sont protégées par l’arrêté du 23 avril 2007 sur les mammifères terrestres protégés. Le texte interdit leur destruction, leur capture et leur perturbation intentionnelle, ainsi que la destruction ou la dégradation de leurs sites de reproduction et de repos.

Pour un nichoir de jardin, cela se traduit par trois règles simples :

  1. On n’ouvre pas un gîte occupé, même pour regarder ou pour prendre une photo.
  2. On ne déplace pas un nichoir habité, ni en été ni en hiver.
  3. On ne manipule pas une chauve-souris, et surtout pas à mains nues. Un animal trouvé au sol ou dans une pièce relève des réseaux d’assistance locaux, que la SFEPM recense.

Un gîte occupé devient de fait un site de repos protégé. Il faut donc réfléchir à son emplacement définitif avant de le fixer : si le mur doit être ravalé dans deux ans, mieux vaut choisir une autre façade.

Savoir s’il est occupé, sans l’ouvrir

C’est ici que la curiosité du propriétaire d’une caméra de nichoir doit changer de méthode. Avec les oiseaux, on filme l’intérieur. Avec les chauves-souris, on observe l’extérieur.

Les crottes sous le nichoir. C’est l’indice le plus simple. Les crottes de chauve-souris ressemblent à celles des souris, mais elles sont sèches et s’effritent en une poudre brillante de fragments d’insectes quand on les écrase, avec un bâton ou des gants. Une planchette posée au sol, sous le gîte, permet de suivre l’évolution d’une semaine à l’autre.

Le comptage à la sortie. Par une soirée douce, on s’installe à distance, face au nichoir, peu après le coucher du soleil. Les chauves-souris sortent une à une, en se laissant tomber de la fente. Un comptage de la sortie donne une idée de la taille du groupe, sans aucun dérangement.

La caméra tournée vers l’entrée. C’est le bon usage d’une caméra dans ce contexte. Posée à quelques mètres, sur un support indépendant, elle filme les sorties du soir en infrarouge. L’intérieur, lui, n’est pas filmable dans de bonnes conditions : une fente d’environ deux centimètres n’offre ni la distance de mise au point ni l’espace pour un boîtier.

Pour l’éclairage, les caméras du marché utilisent en général des diodes infrarouges à 850 ou à 940 nm. Les secondes ne produisent pas la lueur rouge visible des premières, ce qui les rend plus discrètes. Nous comparons ces deux technologies dans notre article sur la vision nocturne des caméras. Dans tous les cas, on évite de braquer un éclairage puissant sur la fente, et on n’installe rien pendant la période de mise bas, en juin et juillet.

Le détecteur d’ultrasons. Plus coûteux, il capte les cris d’écholocation et permet parfois d’orienter l’identification de l’espèce. Il ne remplace pas une identification par un spécialiste, mais il confirme une activité autour du gîte.

Ce qu’il ne faut pas attendre

Un nichoir à chauve-souris n’a aucun délai d’adoption garanti. Certains sont occupés au premier printemps, d’autres après plusieurs saisons, d’autres jamais. Le résultat dépend du nombre de gîtes naturels disponibles dans le secteur, de la ressource en insectes et de la présence de colonies à proximité.

Il n’y a pas non plus de nettoyage annuel à prévoir. Contrairement aux nichoirs à oiseaux, qui se vident à l’automne, le gîte à chauve-souris reste en place et fermé à l’humain. Un modèle ouvert par le bas s’entretient seul. C’est l’une des raisons pour lesquelles il ne faut pas lui appliquer les réflexes du nettoyage de fin de saison décrits pour les oiseaux.

Si votre projet d’observation vise surtout les images de nichée, le nichoir à oiseaux équipé d’une caméra reste le bon outil, et le choix du modèle dépend de l’espèce visée : voir notre guide pour choisir un nichoir selon l’espèce. Le gîte à chauve-souris est un projet différent, plus discret, qui se juge sur un tas de crottes au pied du mur et sur quelques silhouettes au crépuscule. C’est moins spectaculaire, et c’est souvent plus émouvant.

Questions fréquentes

Quand installer un nichoir à chauve-souris ?

En automne ou en hiver, pendant que les chauves-souris sont en transit ou en hibernation. Le bois neuf a ainsi plusieurs mois pour se patiner et perdre son odeur avant le retour des colonies au printemps. Un nichoir posé en plein été n'est pas inutile, mais il sera rarement adopté avant l'année suivante.

À quelle hauteur placer un nichoir à chauve-souris ?

À au moins trois mètres du sol, et souvent plus haut quand le support le permet. L'essentiel est que l'entrée soit dégagée : aucune branche ni obstacle devant, pour que les animaux puissent se laisser tomber avant de prendre leur vol, et hors de portée des chats.

Combien de temps faut-il pour qu'un nichoir à chauve-souris soit occupé ?

Il n'existe pas de délai garanti. Certains gîtes sont adoptés dès le premier printemps, beaucoup mettent une à plusieurs saisons, et certains ne le sont jamais parce que le secteur manque d'insectes ou de haies. Poser deux ou trois nichoirs à des expositions différentes augmente nettement les chances.

Peut-on mettre une caméra dans un nichoir à chauve-souris ?

C'est rarement pertinent. L'intérieur est une fente de deux centimètres environ, trop étroite pour une mise au point correcte, et toutes les espèces sont protégées contre la perturbation intentionnelle. Une caméra infrarouge placée à quelques mètres et tournée vers l'entrée montre les sorties du soir sans toucher au gîte.

Faut-il nettoyer un nichoir à chauve-souris ?

Non, si le modèle est ouvert par le bas : les crottes tombent d'elles-mêmes. On n'ouvre jamais un gîte pour l'inspecter. Contrairement au nichoir à oiseaux, il ne se vide pas chaque automne, car certaines espèces peuvent y passer l'hiver.

Sources et méthode

  • Arrêté du 23 avril 2007 fixant la liste des mammifères terrestres protégés sur l'ensemble du territoire et les modalités de leur protection, Légifrance
  • Programme « Refuges pour les chauves-souris » et fiches de conseils de la Société française pour l'étude et la protection des mammifères (SFEPM)
  • Conseils d'aménagement de gîtes artificiels diffusés par les associations naturalistes (LPO, groupes chiroptères régionaux)
  • Fonctionnement des caméras infrarouges à éclairage 850 et 940 nm, communes aux caméras de nichoir